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Donné pour modèle démocratique en Afrique depuis que le père de son indépendance eût fait le choix de rejoindre l'académie française, le Sénégal commence à prendre ses quartiers dans les bas-fonds hideux du déni de démocratie sur le continent. Résolument décidé à rendre plus sale que son nom, le maquis démocratique sénégalais, Macky Sall fait des pieds et des mains pour tordre le cou aux principes de l'alternance au pouvoir. Sa dernière trouvaille après les épisodes inconcevables de tentatives d'embastillement d'opposants gênants est celle de l'élection du bureau de la 14ème législature tenue ce 12 septembre dans toute la polémique. Entre chahuts, vandalisme, injures et autres bassesses dignes d'apprenants de cours primaire, des élus du respectable peuple sénégalais se sont donnés en spectacle en mondovision. Ce déshonneur infligé au peuple par de supposés honorables est la énième tentative de mettre en berne cette démocratie naguère enviée du monde pour inscrire le Sénégal sur les voies des incertitudes autocratiques. Ce signal dégradant donné par l'homme fort de Dakar pourrait faire des vocations dans des environnements où les appels à un troisième mandat fleurissent chaque jour davantage. Si comparaison n'est pas raison, il faut tout de même craindre que d'autres forfaits du genre se multiplient sur le continent. Ainsi, le recul démocratique célébré comme victoire de la dictature du développement sur les libertés fondamentales, deviendra la nouvelle voie dans des pays où la démocratie est encore un cocktail de libertinage, de dictature, d'autocratie, chargé d'anarchie et de désordre. Pour nous éviter donc de plonger dans cet abîme attentatoire à toutes les libertés qui jusque-là, ont permis à l'humanité de sortir des serres qui entravent sa longue marche vers des sociétés de droit, il est à souhaiter que ce travestissement des normes en marche au Sénégal s'efface de facto de nos mémoires. Partout sous les tropiques, les peuples doivent veiller à ce que cela ne fasse nullement tâche d'huile dans aucun autre Etat où le socle démocratique tient encore bien. Si ce n'est cela, nous aurions ainsi fait le lit à toutes les manœuvres de confiscation du pouvoir que la sous région ouest africaine s'est jusque-là efforcée d'éloigner de sa zone, en dehors de l'îlot autocratique du Togo. Nous devons rester mobilisés pour faire rempart contre ce mal tentaculaire avant de nous retrouver, tous, devant le fait accompli. Par devoir citoyen, nous le devons à tous et à chacun, ce combat pour la survie de l'État de droit.
Raoul HOUNTONDJI

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